L’étude engagée par l’INRAE sur l’adaptation de l’élevage au changement climatique se prolonge en ce début d’été à Nasbinals avec des ateliers de terrain et une vingtaine d’éleveurs et d’acteurs de l’écosystème agricole de l’Aubrac.
Après le premier atelier de mars, deux trajectoires d’adaptation avaient été retenues par les participants : la relocalisation de l’élevage bovin et la diversification des productions agricoles. Entre-temps, l’équipe de l’INRAE a conduit plusieurs entretiens pour enrichir la liste des leviers à envisager pour mettre en œuvre ces trajectoires, et ces deux derniers ateliers ont amené les participants à analyser la faisabilité et les impacts de quelques-uns de ces leviers.
Date de mise à l’herbe des bovins, utilisation de méteil ou d’espèce résistantes, plantation de haies et d’arbres, abreuvement, stockage de l’eau, économies en eau, préservation des zones humides, âge au premier vêlage, engraissement à l’herbe, production de très jeunes bovins, ou de bovins de 24 mois, engraissement des femelles, adaptation de la race pour un meilleur engraissement, plus de rusticité, de précocité et une meilleure résistance à la chaleur, relocalisation, meilleur investissement du marché parisien et des métropoles régionales, restauration collective,… Des pistes d’améliorations se font jour tous azimuts, sans aucun tabou.
« Nous devons maintenant considérer l’herbe comme une culture, mieux comprendre comment fonctionnent les prairies pour les préserver et bien les valoriser », réagit Arnaud Imbert, éleveur à Argences en Aubrac. « Et pâturer les bois, cela peut-être une solution complémentaire », souligne Nadège Mouliade. « Nous aurions besoin de travailler avec l’ONF sur ce sujet, cela peut permettre aussi de protéger les bois contre les incendies ». « Nos bâtiments d’élevage sont à repenser aussi, ils sont faits pour les hivers rigoureux, pas pour ces chaleurs » poursuit-elle.
« Nous avons travaillé sur quelques-uns de ces leviers, mais ce n’est vraiment qu’un premier pas, ça pose beaucoup de questions et il faut y travailler beaucoup plus », précise Didier Cassagnes, éleveur à Saint Amans des Côts. « Les chaleurs de mai et juin nous impactent beaucoup sur l’Aubrac, parce que contrairement aux élevages qui sont plus au sud, nous n’étions vraiment pas habitués à de tels écarts de température. Sur l’Aubrac, il faut le reconnaître, nous n’avions jamais été vraiment inquiétés par la ressource en eau. Maintenant, le niveau très bas de certaines rivières, alors que nous ne sommes qu’en juin, c’est réellement inquiétant », admet Patrick Mouliade.
Ces temps de réflexion commune proposés par le Parc naturel sont importants aux yeux des éleveurs qui, ainsi, se rapprochent, les implique et leur donne la parole.
Les productions de ces ateliers seront utilisées par l’INRAE pour simuler des scénarios d’adaptation des élevages à travers deux modèles. Le modèle Orfée qui simule le fonctionnement d’une ferme en fonction de données variables. Et le modèle Adap’ter qui, en s’appuyant sur le premier, simule l’adaptation d’un territoire d’élevage au changement climatique. Les résultats de ce projet de recherche seront finalisés et diffusés en 2027.